La France défigurée

29 janvier 2008

Voici 30 ans que la loi sur l´architecture exige la signature d´un DPLG pour toute opération de plus de 170m2. Cette exigence n´est pas nouvelle. L´ activité de Monsieur Le Bris a toujours été limitée aux opérations inférieures à ce seuil. Le diplome n´est rien d´autre qu´une garantie de qualité offerte par l´Etat. Au nom de quoi vous et monsieur Le Bris pouvez-vous remettre en cause ce principe ? A quel titre ?Vous parlez de professionnel réputé compétent. Une bonne conception technique ne suffit pas à faire une bonne architecture. Travailler 70 heures ou plus par semaine n´est pas très positif (informatique). Le monde de la musique, en outre, n´est pas celui de l´architecture : un mauvais musicien est inoffensif, un mauvais architecte fait de gros dégats.Il est vrai qu´une grande partie du bati échappe aux architectes. La cause est à rechercher, selon moi, du côté des institutions, des écoles d´architecture et de leur tutelle, qui depuis trente ans minent la profession. Une politique de non-séléction a, sur la longue durée, un double effet pervers. Public inadapté aux exigences d´une profession complexe (seuil neuronal) menant à une prolifération de petits professionnels artisans sans structure professionnelle au bord de la faillite. Distribution irresponsable de très nombreux diplomes (planche à billet) qui dévaluent le titre. Le marché n´est pas extensible à l´infini, les lois de l´économie ont toujours le dernier mot (voir la crise actuelle des stages de professionnalisation).Donner de la substance aux politiques d´urbanisme et d´aménagement est l´enjeu. Encore faut-il en avoir les moyens intellectuels et matériels.

Votre réponse à “La France défigurée” est, comme dirait ma veille tante de banlieue, “frappée au coin du bon sens”. A propos de “bon sens” voici ce qu´écrivait Roland Barthes dans “Mythologies” en 1957:” Son rôle est de poser des égalités simples entre ce qui se voit et ce qui est, et d´assurer un monde sans relais, sans transition et sans progression. Le bon sens est comme le chien de garde des équations petites bourgeoises: il bouche toutes les issues dialectiques, définit un monde homogène, où l´on est chez soi, à l´abri des troubles et des fuites du “rêve” (entendez d´une vision non comptable des choses).”Pour ce qui est de “l´architecture libre” comme vous dites, voir peut-être du coté de Jean Vilar (”la liberté est un domaine ingrat”).

“Un monde sans relais, sans transition, sans progression”. Se construisent aujourd´hui en France environ 400.000 logements par an. Une “honnête” structure professionnelle d´architecture -4/5 personnes environ- doit concevoir une centaine de logements à l´année pour se maintenir commercialement; le nombre utile d´agence d´architecture peut donc idéalement être estimé à 4000 environ.L´ordre des Architectes nous dit: “La France compte 26.696 architectes et agréés en architecture inscrits au tableau de l’Ordre, sur environ 40.000 diplômés. 1500 diplômés sortent chaque année des écoles d’architecture.”Ce ratio de 1/7 (utile/effectif) rabaisse la production de l´”honnête” structure professionnelle d´architecture française à une quinzaine de logements par an. Cette échelle d´intervention ne permet ni relais, ni transition, ni progression; il s´agit là plutôt de “boutique” (1) ou d´hyper-présence médiatique (2).

(1) “la petite bourgeoisie, du moins celle de M. Poujade (Alimentation,Boucherie), possède en propre le bon sens ..” (R. Barthes, Mythologies,1957)
(2) “Le Ministère de la Culture et de la Communication a qualifié notre architecture d´”ultra-violente” (Coste-Orbach)

Dnxi pour Cyberarchi.com le 23/09/06

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